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L’après…

Passés les premiers jours de confinement, où on redécouvrait le silence, voire le luxe d’avoir du temps pour soi (pour certains); sur la durée de plus en plus de choses nous pèsent…
Et on se constate que cette période nous ouvre les yeux sur notre mode de vie actuel, qui, rarement, nous convient totalement.
Le confinement nous met face à nous-même : vivre avec ceux que nous avons choisis, ceux que nous avons faits, c’est-à-dire les êtres qui comptent le plus pour nous… Mais finalement, dans cet ensemble qui essaie de se maintenir sous contrainte, l’individu a tendance à disparaître.
Et naissent des attentes, des souhaits que l’on n’aurait jamais pu concevoir quelques semaines auparavant et qui entraînent de sérieuses réflexions…
On parle beaucoup de revoir sa consommation, manger mieux, acheter mieux… s’inquiéter de sa santé, de sa silhouette et refaire du sport… ranger mieux, faire le tri… se cultiver également, créer… en profiter pour les grands ménages aussi… tendre à devenir un meilleur soi, rattraper un éventuel temps perdu, contacter les connaissances dont on n’avait plus de nouvelles, ou faire ce que l’on aurait toujours souhaité faire; et dans un meilleur chez soi.
Bref, on redécouvre qu’il est bien et bon de manger sainement, on recuisine ou tente de faire notre propre pain… on reprend le sport avec du yoga en famille, devant un écran… etc… Rien de réellement original…
Sauf l’apparition de nouvelles offres, qui se proposent de s’occuper de votre bien-être, en retravaillant votre environnement quotidien : votre intérieur. Tout le monde voulait une cuisine ouverte sur le séjour, pour être toujours ensemble, cuisiner ensemble, parler ensemble… Je pense que maintenant, la possibilité de s’isoler un peu, quand nous sommes contraints de partager le même espace de vie pas toujours très spacieux, aura une influence sur ce type d’aménagement. Par exemple les cuisines vont peut-être se refermer, des espaces évolutifs vont se créer, des cloisons coulissantes, amovibles vont se développer… Les couleurs des murs seront repensées, pour oublier un peu l’environnement des plus urbains et s’ouvrir à la détente… L’isolation phonique, thermique et la gestion de la lumière seront revues… On limitera le superflu, au profit de nombreuses réflexions sur les rangements, sur la circulation, sur l’occupation de l’espace, l’attribution de celui-ci…
On s’interrogera sur nos besoins vitaux : est-il nécessaire que chaque membre du foyer ait un espace bien à lui? Est-il nécessaire d’avoir un endroit pour s’isoler, un endroit pour se défouler, un endroit pour stocker aussi (de la nourriture, des consommables), un endroit pour (se)cultiver…?
On repensera, si on en a, son extérieur, qui gagnera des fonctions : jouer, jardiner, lire, faire du sport…
On peut imaginer aussi une nouvelle offre pour faire du sport à la maison, avec un minimum d’espace disponible : des objets multifonction, gains de place, avec une esthétique facilement intégrable dans un intérieur autre qu’une salle de sport…
Mais la santé, la sécurité de l’après-confinement ne seront plus les mêmes : on peut croire que l’hygiène sera considérée comme plus importante : dans son logement d’abord (produits de nettoyage, choix d’objets, de matériaux faciles à désinfecter) et également à l’extérieur : emporter avec soi de quoi nettoyer…
Le « kit de base » du sac à main sera différent : même si le gel antibactérien avait souvent trouvé une place, il sera maintenant accompagné de lingettes anti-bactériennes, voire de gants…
Nous connaîtrons tous ces changements, nous, déjà âgés de quelques dizaines d’années, qui auront traversé cette crise. Est-ce qu’après nous serons, resterons différents? Est-ce que nous nous focaliserons juste sur l’essentiel, quitte à s’écarter de la légèreté, du superficiel? Je ne crois pas, nous ne sommes pas faits pour rester graves tout le temps.
Mais les enfants ne percevront pas de la même manière l’avant-après. Ils grandiront dans un après que nous ne connaissons pas encore, sur lequel nous avons très peu de retour, juste l’expérience du passé. Et est-ce que cet après sera vraiment différent, un renouveau? Comment les guider au mieux? Ou peut-être que ce seront eux qui nous guideront?? Comment les rassurer, être sûrs qu’ils seront épaulés, quand nous mêmes, ne sommes pas sûrs? Seront-ils de bons « citoyens », feront-ils preuve de solidarité, d’humanité, d’altruisme?
Est-ce que cet après sera meilleur? Peut-il être meilleur pour l’Homme, pour la faune, la flore, pour la planète aussi? Que doit-on en attendre, ou au contraire est-ce une opportunité d’être actifs, créateurs?
Mesdames et Messieurs les designers, nous vous attendons… 🙂
Nous attendons vos analyses, observations… mettre en pratique votre sensibilité, votre culture… le partage de vos idées, concepts… Même utopiques, décalés, infaisables… Pourquoi ne pas profiter de cette nouvelle période pour s’appliquer à rêver?

Maison & Objet : Atmosphère d’ailleurs

Sur le salon Maison & Objet, j’ai également découvert Atmosphère d’ailleurs.

Les objets de cette société sont le résultat de chines, qui appellent au voyage : voyage géographique et temporel.

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anciennes portes

Les objets sont en bon état :  prêts à être réutilisés ou à décorer votre espace. Et surtout, ils viendront toujours avec leurs histoires.

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anciennes roues de char de processions religieuses

IMG_20190121_122957Le temps et l’usure ont bonifiés les matériaux, les fonctions ont déterminé les formes et les proportions sont très agréables à l’œil.

Attention : pour apprécier au mieux ces objets rares, il est préférable de bénéficier d’explications sur leurs histoires : leurs utilisations initiales, leurs raretés à ce jour…

Un exemple avec la photo ci-dessous :

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Ge Ba encadrés

Je vous copie-colle les explications du site : « Les « Ge Ba », ces « peintures de tissu » sont nées en Chine de la nécessité qui prélude à l’art du réemploi : de la colle de riz pour assembler à plat sur une planche un col de veste trop usée, une poche encore solide, un fragment de robe de mandarin effilochée, c’est le recyclage traditionnel des vêtements devenus importables même par les plus pauvres. Ce matériau va alors resservir dans le vêtement, mais discrètement : doublure, renforts, semelles de chaussures.

Sur ces « galettes de tissus », on retrouve les couleurs de la vie chinoises : le bleu de la «veste Mao» l’indigo, le brun, et le noir, du petit peuple, les semis de fleurs strictement réservés aux enfants, le chanvre imprimé au bloc, la soie « peau de requin » et les fragments de calligraphies réchappées de la révolution culturelle.

Ces collages, tous des pièces uniques réalisés dans les années 50 à 70 avaient vocation à être découpés. C’est en ce sens que l’on peut parler d’œuvres éphémères. Certains ont été sauvés et collectionnés dès les années 60 par François Dautresme, créateur de la Compagnie Française de l’Orient et de la Chine.

Art brut, éphémère, les « Ge Ba », sont de magnifiques tableaux, qui évoquent étonnamment les peintures de Paul klee, Nicolas de Staël, et Serge Poliakoff.

Cette collection fut partiellement exposée au Musée Guggenheim à Bilbao et au Centre Pompidou, puis à la Fondation EDF à Paris, sans pour autant être proposée à la vente, à la grande déception du public, qui les découvrait dans un mélange d’étonnement et d’admiration. Il ne tient qu’à vous de vous approprier une pièce de cette collection unique au monde. »

C’est donc une énorme consistance, ici on ne surfe pas sur une tendance!

La société ayant plus de 20 ans, elle nous révèle une réelle expertise de cultures anciennes et fondamentalement différentes de la nôtre.

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Bref, cette sélection soignée d’objets invite à la découverte, mais aussi à l’humilité.

Plus d’informations : http://www.atmospheredailleurs.com , showroom à 30 minutes de Paris.

 

exposition Japon-Japonismes. Objets inspirés, 1867-2018

Cela faisait longtemps que je n’avais pas visité une exposition… C’est maintenant chose faite, avec l’exposition Japon-Japonismes. Objets inspirés, 1867-2018.

C’était l’occasion aussi pour moi de retrouver le très beau et qualitatif musée des Arts Décoratifs (qu’on peut appeler maintenant MAD).

Bref, une exposition qui promettait une vraie richesse d’objets, de matières, d’illustrations, de motifs : à moi l’immersion au Japon!

Une fois entrée dans l’espace de l’exposition, la scénographie ne me laisse pas de marbre : l’espace est noir, les objets sont dans des vitrines principalement sur des sellettes blanches qui apportent de la légèreté. L’éclairage des objets est direct : les ombres portées assez présentes. Les informations sont sobres : un texte explicatif de la thématique abordée au début de chaque partie et pour les explications des objets, il faut se référer à une des « fiches plastifiées nomades » mises à disposition. Donc oui, la scénographie ne m’a pas laissée de marbre car de suite, j’ai ressenti de la déception d’entrer dans cet espace si peu éclairé (et compromettant pour prendre des photos). J’imagine que cela sert à la mise en avant des objets, les théâtralisant d’avantage tout en invitant les visiteurs à être silencieux…

img_20190109_152513Mais ce point plus le manque d’information instantanée à disposition concernant les objets exposés (prendre la fiche, repérer le numéro de l’objet sur le schéma représentant la vitrine, lire la légende) et le nombre de vitrines… Bref, j’ai finalement suivi cette exposition d’un point de vue « seulement » esthétique : dommage pour l’aspect culturel car il y avait tellement à approfondir sur l’art de vivre du Japon, les influences artistiques sur d’autres pays…

Mais au final, vue la richesse de l’exposition (thèmes abordés, large éventail d’objets), se limiter à l’aperçu des objet était déjà beaucoup!

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exemples de peignes : finesse des détails…

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Ici, la forme des sellettes ferait presque penser aux ondulations d’une raie… Non?

La maîtrise et la variété des techniques sont impressionnantes. Même si les graphismes ou les motifs peuvent être nombreux, il n’y a jamais de surcharge visuelle.

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Mélange de graphisme organique et géométrique

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Les thèmes de la nature, faune et flore, sont bien sûrs représentés : fleurs, hirondelle, paon, papillon…

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Avec beaucoup de raffinement et parfois, de manière très surprenante, une réelle contemporanéité.

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On passe d’une matière et d’une technique à une autre. Les objets sont beaux, justes dans les couleurs, les illustrations, voire audacieux dans leur architecture.

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Mon coup de cœur… quel jeu graphique, quelle légèreté visuelle!

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Délicatesse encore… avec un papillon modeste de taille, tel une finition, ajoutant une touche de narrativité et de fraîcheur.

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Le parti-pris est clair quand on voit le rapport de proportion entre la partie fonctionnelle de l’objet et la partie décorative

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Légèreté encore… et dynamisme de l’oiseau en vol.

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Plumes de paon : on notera le côté un peu « maniéré » des tracés, et l’utilisation pertinente de l’espace.

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encore ce travail sur les lignes courbes

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ou dessin épuré mais rendu des poses et mouvements si équilibré

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des paysages naturels de représentation réaliste avec une composition très étudiée…

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à des paysages all-over laissant la place à plus d’interprétation graphique et colorielle…

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et de l’application en 2D, on passe à une application sur un volume

Et pour terminer cette première partie sur cette exposition, 2 photos d’objets « traditionnels japonais » avec toujours la qualité des matériaux, la qualité des détails.

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La seconde partie sera moins axée sur du figuratif et du fonctionnel… Mais toujours riche en savoir-faire. A suivre donc…

 

Luxe Design et éthique

Nous sommes à une époque où règne une certaine standardisation, montrée et partagée via les médias, et qui fait souvent le jeu du design comme de certaines marques de luxe/haut de gamme ; peut-être à mon grand dam. Je veux bien suivre (dans le sens d’être au courant) les modes, les tendances, mais difficile pour moi de les appliquer, de rentrer systématiquement dans les cases. Même si ces schémas semblent être promesses d’un bonheur accessible, je reste convaincue que ce qui fait réellement rêver est un peu plus loin. J’aime les objets, surtout les miens : je m’y attache et essaie de les garder le plus longtemps possible. Comme si mon objet était unique, avait presque une âme, même s’il est issu d’un pur process industriel (sûrement de l’autre bout du monde) et que je peux retrouver ses « sosies » aux quatre coins du monde (ou à peu près). Mais, je le répète, j’aime les objets, d’autant plus s’ils sont de qualité, originaux, répondant à certaines éthiques (respect des standards internationaux de conditions de travail, faible impact sur l’environnement…). Malheureusement, je ne peux pas forcément, en tant que cliente/consommatrice individuelle, avoir une influence sur ces points, voire même en être informée, bercée comme je peux l’être par le chant des marques en qui, par défaut, j’ai confiance. Donc pour ce faire, j’attends beaucoup de ces marques…

Ça tombe bien, je suis de plus en plus entendue ! Le made in France (attention à sa définition) a le vent en poupe depuis quelques années déjà ; gage de qualité, savoir-faire, originalité, innovation… et emplois préservés. Cette mention est vue actuellement comme une réelle valeur ajoutée ; c’est quelque part dommage que ce soit finalement un « plus » alors que cela pourrait juste être une base… Pour avoir un état des lieux approximatifs, je vous propose de visionner l’excellent reportage « L’année où j’ai vécu 100 pour 100 français », (http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid6918-c-made-in-france.html) ou la difficulté aujourd’hui à consommer et s’équiper uniquement « made in France » ; le résultat de plus de 30 ans de délocalisation…

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Made in France, l’année où j’ai vécu 100% français – © http://www.senscritique.com

Mais, l’heure est à l’optimisme ! Des maisons de luxe/haut de gamme fabriquent toujours en France, voire certaines créent des usines et apportent la formation nécessaire à leurs employés (Hermès, Repetto…) ; ce sont de belles réussites sociales, qui contribuent bien sûr aussi à prolonger la promesse des produits.

La qualité, le fait main, la rareté, l’originalité se développent maintenant à tous les niveaux, pour toutes sortent d’objets : bijoux «  faits mains par la créatrice dans son atelier parisien » à l’objet d’exception (Dymant : http://www.dymant.com/fr/) : la noblesse des matières, l’objet comme l’artisan sont valorisés, le travail manuel retrouve toutes ses lettres de noblesse, voire devient tendance et gage d’avenir.

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exemple de produit sur le site Dymant – © http://www.dymant.com

Et apparaît le positionnement du « slow » ; comme le mouvement « slow made » (http://slowmade.fr) : valoriser une fabrication éthique de produits durables et vendus au prix juste…  ou le « slow design », respectueux de l’environnement par les matériaux, la fabrication, l’optimisation du volume pour les transports… comme le travail du designer David Trubridge (www.davidtrubridge.com).

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studio de l’équipe du designer David Trubridge – © http://www.davidtrubridge.om

Car si on parle de luxe, ces points de réflexion (impact environnemental des transports, qualité des finitions…), eux, reviennent au designer : que ce soit à propos de la fabrication, comme de l’impact sur l’environnement du produit ou autre, ils sont bel et bien liés au rôle du designer : à lui de concevoir/proposer des objets dans ce sens, de surprendre, tout comme à lui de faire changer, si besoin, les mentalités internes.

Si les consommateurs se sentent de plus en plus concernés par « la face cachée » des objets qu’ils achètent, le « conçu en France » ou « entreprise française », « marque française » pour masquer une fabrication délocalisée et ne correspondant peut-être pas à l’attente éthique du consommateur ont-ils encore de longues décennies devant eux, surtout quand le consommateur pense déjà mettre le prix nécessaire ? Et est-ce que ces consommateurs seraient prêts à investir dans le coût réel d’une fabrication locale ?

On peut s’interroger aussi sur l’obsolescence programmée, qui pour certains domaines (téléphonie par exemple) n’a pas forcément besoin d’être générée par le fabricant : en effet, face à l’évolution rapide des performances ou tout simplement l’importance donnée, dans certains milieux, à la possession de L’objet dernière version… En opposition à ces courants, on peut voir que des marques se démarquent justement (site http://www.buymeonce.com/), en proposant des produits conçus pour durer… longtemps, et donc ne pas être renouvelés rapidement : presque impensable ! Et un peu moins abordable…

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visuel page d’accueil – © http://www.buymeonce.com

Est-ce que l’idéal, s’il existe, serait la possibilité de consommer comme au temps de nos (arrières) grands-parents : vêtements, accessoires en cuir, électroménager… conçus et fabriqués en France, à un coût raisonnable ; mobilier, art de la table, décoration… artisanalement faits en France, à un coût élevé mais que l’on va essayer de garder toute une vie ?

Et si « c’était mieux avant… » ?

D’autres visuels de produits éthiques sont disponibles sur le Pinterest de Luxe Design et autres curiosités