designer

Luxe Design et éthique

Nous sommes à une époque où règne une certaine standardisation, montrée et partagée via les médias, et qui fait souvent le jeu du design comme de certaines marques de luxe/haut de gamme ; peut-être à mon grand dam. Je veux bien suivre (dans le sens d’être au courant) les modes, les tendances, mais difficile pour moi de les appliquer, de rentrer systématiquement dans les cases. Même si ces schémas semblent être promesses d’un bonheur accessible, je reste convaincue que ce qui fait réellement rêver est un peu plus loin. J’aime les objets, surtout les miens : je m’y attache et essaie de les garder le plus longtemps possible. Comme si mon objet était unique, avait presque une âme, même s’il est issu d’un pur process industriel (sûrement de l’autre bout du monde) et que je peux retrouver ses « sosies » aux quatre coins du monde (ou à peu près). Mais, je le répète, j’aime les objets, d’autant plus s’ils sont de qualité, originaux, répondant à certaines éthiques (respect des standards internationaux de conditions de travail, faible impact sur l’environnement…). Malheureusement, je ne peux pas forcément, en tant que cliente/consommatrice individuelle, avoir une influence sur ces points, voire même en être informée, bercée comme je peux l’être par le chant des marques en qui, par défaut, j’ai confiance. Donc pour ce faire, j’attends beaucoup de ces marques…

Ça tombe bien, je suis de plus en plus entendue ! Le made in France (attention à sa définition) a le vent en poupe depuis quelques années déjà ; gage de qualité, savoir-faire, originalité, innovation… et emplois préservés. Cette mention est vue actuellement comme une réelle valeur ajoutée ; c’est quelque part dommage que ce soit finalement un « plus » alors que cela pourrait juste être une base… Pour avoir un état des lieux approximatifs, je vous propose de visionner l’excellent reportage « L’année où j’ai vécu 100 pour 100 français », (http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid6918-c-made-in-france.html) ou la difficulté aujourd’hui à consommer et s’équiper uniquement « made in France » ; le résultat de plus de 30 ans de délocalisation…

Made_in_France_l_annee_ou_j_ai_vecu_100_francais

Made in France, l’année où j’ai vécu 100% français – © http://www.senscritique.com

Mais, l’heure est à l’optimisme ! Des maisons de luxe/haut de gamme fabriquent toujours en France, voire certaines créent des usines et apportent la formation nécessaire à leurs employés (Hermès, Repetto…) ; ce sont de belles réussites sociales, qui contribuent bien sûr aussi à prolonger la promesse des produits.

La qualité, le fait main, la rareté, l’originalité se développent maintenant à tous les niveaux, pour toutes sortent d’objets : bijoux «  faits mains par la créatrice dans son atelier parisien » à l’objet d’exception (Dymant : http://www.dymant.com/fr/) : la noblesse des matières, l’objet comme l’artisan sont valorisés, le travail manuel retrouve toutes ses lettres de noblesse, voire devient tendance et gage d’avenir.

manifeste_th_coussin_panier_bd

exemple de produit sur le site Dymant – © http://www.dymant.com

Et apparaît le positionnement du « slow » ; comme le mouvement « slow made » (http://slowmade.fr) : valoriser une fabrication éthique de produits durables et vendus au prix juste…  ou le « slow design », respectueux de l’environnement par les matériaux, la fabrication, l’optimisation du volume pour les transports… comme le travail du designer David Trubridge (www.davidtrubridge.com).

david-trubridge-studio

studio de l’équipe du designer David Trubridge – © http://www.davidtrubridge.om

Car si on parle de luxe, ces points de réflexion (impact environnemental des transports, qualité des finitions…), eux, reviennent au designer : que ce soit à propos de la fabrication, comme de l’impact sur l’environnement du produit ou autre, ils sont bel et bien liés au rôle du designer : à lui de concevoir/proposer des objets dans ce sens, de surprendre, tout comme à lui de faire changer, si besoin, les mentalités internes.

Si les consommateurs se sentent de plus en plus concernés par « la face cachée » des objets qu’ils achètent, le « conçu en France » ou « entreprise française », « marque française » pour masquer une fabrication délocalisée et ne correspondant peut-être pas à l’attente éthique du consommateur ont-ils encore de longues décennies devant eux, surtout quand le consommateur pense déjà mettre le prix nécessaire ? Et est-ce que ces consommateurs seraient prêts à investir dans le coût réel d’une fabrication locale ?

On peut s’interroger aussi sur l’obsolescence programmée, qui pour certains domaines (téléphonie par exemple) n’a pas forcément besoin d’être générée par le fabricant : en effet, face à l’évolution rapide des performances ou tout simplement l’importance donnée, dans certains milieux, à la possession de L’objet dernière version… En opposition à ces courants, on peut voir que des marques se démarquent justement (site http://www.buymeonce.com/), en proposant des produits conçus pour durer… longtemps, et donc ne pas être renouvelés rapidement : presque impensable ! Et un peu moins abordable…

BMO+cover+page+2

visuel page d’accueil – © http://www.buymeonce.com

Est-ce que l’idéal, s’il existe, serait la possibilité de consommer comme au temps de nos (arrières) grands-parents : vêtements, accessoires en cuir, électroménager… conçus et fabriqués en France, à un coût raisonnable ; mobilier, art de la table, décoration… artisanalement faits en France, à un coût élevé mais que l’on va essayer de garder toute une vie ?

Et si « c’était mieux avant… » ?

D’autres visuels de produits éthiques sont disponibles sur le Pinterest de Luxe Design et autres curiosités

Publicités