architecture

Que reste-t-il…?

Un post plus personnel cette fois…

Il y a quelques années déjà, l’emploi que j’avais à l’époque ne me rendait plus heureuse. De son côté, professionnellement parlant, mon compagnon était souvent en déplacement à l’étranger. Lorsque nous parlions, c’était essentiellement de boulot et ce n’était pas des plus agréables…

L’heure des vacances arriva enfin et notre esprit avait regagné une certaine légèreté. Au programme? Visites, découvertes, soleil et bons repas… Un jour, que nous longions un célèbre monument mon compagnon s’arrêta, puis rebroussa chemin… Pour regarder avec intérêt quoi? Le bâtiment en face du monument. Oui. Il s’agissait en fait d’une grande bâtisse, visiblement un ancien hôtel restaurant, à l’abandon depuis quelques années. Alors que j’étais passée devant sans me poser de question, ce ne fut pas le cas de ma moitié.

Là où je voyais une architecture plus du tout entretenue, lui voyait une chance de changer de vie : quitter nos emplois qui pompaient notre énergie pour travailler ensemble, créer nos jobs…

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partie de la façade

Bref, une nouvelle vie où nous serions pleinement acteurs de nos fonctions et dans un cadre des plus agréables. Pour lui, il s’agissait d’une réelle opportunité. Pour moi, c’était à ce stade trop loin de mes pensées… Et rien n’indiquait que ce bien était à vendre. La suite des vacances fut quand même fortement influencée par cette idée de reprise d’affaire, tout à fait possible pour lui, doux rêve naissant pour moi : « analyse » de la concurrence, visite de boutiques de mobilier, discussion sur la décoration…

Une fois rentrés, je repris le chemin de mon travail, quand à mon compagnon, toujours motivé, il fit de son côté pas mal de recherches sur cet hôtel, mais trouva peu d’informations : anciennement un hôtel emblématique de cette ville touristique, datant du 17è ou 18è siècle, à l’abandon depuis 10-15 ans… Contrairement à ce que je pouvais penser Internet n’a pas réponse à tout… Laisser tomber? Ce serait mal connaître ma moitié et peut-être que mes soucis grandissant avec mon travail l’encourageaient à poursuivre ses investigations… qui se révélèrent finalement payantes! Quelques mails échangés avec les actuels propriétaires, un rendez-vous pris et nous voici, partant  « secrètement » un vendredi après le boulot direction l’aéroport pour un week-end peut-être dans notre future ville. C’était fou, ce n’était tellement pas moi, mais c’était tellement bien… Un projet si challengeant, un vrai changement de vie…

La visite, d’une certaine manière, fut intéressante : l’intérieur nous a révélé le réel état de cet hôtel : désastreux, et son réel éclat passé : peintures murales abîmées par les moisissures, escalier grandiose dont la rampe en bois vernis, quand elle n’avait pas été arrachée était devenue grise de poussière, terrasses avec vues imprenables et plafonds effondrés, sols de marbre et mobilier art nouveau cassé, poignées sculptées et vitres brisées, fer forgé et murs tagués, boiseries et déchets…

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escalier gris de poussière et peintures murales détériorées

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boiseries, verres gravés…

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poignée de porte ancienne

Les nouveaux habitants des lieux étaient soit des chats sauvages, l’odeur d’urine étant bien présente soit sur le toit des arbres…

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sur le toit terrasse, une forêt s’est invitée

Face à cet ancien faste, mon enthousiasme me faisait imaginer quelques élégantes femmes ajustant leur chapeau, des bals au son d’un piano, ou des enfants courant dans les grands escaliers… et pourquoi pas plus tard un spa dans les caves voûtées, une décoration entre style art déco avec de l’artisanat local et confort contemporain, des bouquets de fleurs parfumés, des animations culturelles… pour préserver l’histoire et le patrimoine de ce lieu qui se dévoilaient à nos yeux.

Cependant il fallait se rendre à l’évidence, la belle endormie n’était en fait plus qu’une ruine. Nous entamâmes quelques négociations, mais le prix demandé nous semblait tellement prohibitif vue la quantité de travaux à effectuer… Nos rêves se voilèrent de poussière, à l’image de ce lieu : nous savions le potentiel énorme mais il n’était pas à notre portée. Il ne nous était donc pas possible d’avancer dans ces conditions, ce qui fut plutôt difficile à accepter.

Nous décidâmes chacun à notre manière de résoudre nos problèmes professionnels, ou plutôt de prendre notre mal en patience et tenter quelques changements mais ce pseudo équilibre trouvé ne dura pas très longtemps. Ce projet avait comme un petit goût d’échec, un peu un sentiment de nostalgie et de frustration. En nous, entre nous persistait cette idée, cette projection d’un autre avenir et nous devinions avec peine les détériorations du bâtiment progresser. Nous n’étions pas non plus « hantés »par ce projet, mais il représentait quelque part l’opportunité d’un autre développement personnel et professionnel, de plus de temps passé ensemble et d’un réel investissement (énergie, argent, temps) pour nous.

Bref, après quelques petites années et face à nos impasses professionnelles respectives, peut-être que nous étions devenus plus mûrs aussi, je décidais de refaire des recherches : inquiète pour ce lieu je me dirigeais rapidement vers Internet, qui là, ne donna beaucoup (trop?) de réponses. L’hôtel était « tombé » dans les mains d’un groupe international qui a su l’exploiter grandement : les photographies de chambres contemporaines paradaient sous mes yeux, dans des tons de beige, marron foncé et gris, les faux plafonds avec des spots intégrés et éclairages indirects… Une piscine avait été créée, une salle de sport débordait d’électronique… Je ne reconnu plus le lieu, pour moi son âme avait disparu. J’ai eu l’impression que tout avait été rasé, effacé, pillé : toutes les touches d’histoire, de patrimoine : les tableaux, le bel escalier, les vitres en verre gravé, les belles poignées, le marbre au sol… Tout! Tout? Non ; à l’arrière-plan d’une photo, au bord de la piscine je pouvais distinguer la cloison de fer forgé, portant les initiales du nom de l’hôtel située initialement dans le hall d’entrée, tel un trophée d’un passé devenu histoire : une page avait été définitivement tournée.

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cloison en fer forgé, lors de notre visite et actuellement

Je me demande ce que sont devenus « les restes » de la vie précédente de cet hôtel : tableaux, menuiserie, meubles… Détruits, vendus…?

Quelle est la définition de patrimoine, où commence-t-elle? Doit-on conserver tout ce qui est art/artisanat et d’une autre époque?

Qu’en pensez-vous?

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Dior, nouvelle boutique à Séoul

La maison Dior s’offre un écrin supplémentaire à Séoul.

L’enveloppe extérieure a une esthétique particulière, comme des pétales sortant de terre et s’étirant vers le ciel… que l’on doit à l’architecte Christian De Portzamparc.

Le blanc est prédominant, sans que l’ensemble ne soit pour autant froid : sûrement grâce aux formes organiques bien sûr, mais également aux effets texturés de surface. Se dégagent de cette construction une certaine douceur et un éclat…

Cette boutique propose également un café Pierre Hermé : une « french touch » supplémentaire!

Ci-dessous une vidéo :

Et pour des photos montrant les détails de la construction, voici la page du site Yellowtrace : http://www.yellowtrace.com.au/house-of-dior-seoul-south-korea/

Bon voyage!